De Ra'iātea à Anglet : comment la VenomWood est arrivée en Europe

WOO et Viper Va'a. Deux marques, deux territoires, une même vision. Ce partenariat, on ne l'a pas signé pour élargir une gamme. On l'a signé parce qu'Alex, après deux ans de R&D, avait construit quelque chose qu'on n'avait pas vu ailleurs. La meilleure façon de comprendre ce bateau, c'est d'écouter celui qui l'a conçu alors on est allé poser directement nos questions à ALEX directeur de Viper Va’a.

Viper, c'est d'abord des pagaies. Comment on devient constructeur de va'a ? Qu'est-ce qui a déclenché ce basculement ?

Alex : Oui nous sommes avant tout connus et une référence mondiale dans la rame. C'est vrai que la très grande partie des champions tahitiens utilisent nos rames et nous font, ou nous ont fait, une belle publicité localement et à l'international. Des va'a, on en a toujours fait, mais seulement quelques uns sans commercialisation. Le déclenchement a été le fait de vouloir produire autre chose que ce qui se fait en Asie. Faire un produit unique, beau, léger, qui revient à l'origine du va'a avec des performances d'exception. C'est comme ça qu'est née le V1 VenomWood.

La team Viper Va’a au complet devant leur atelier

Raiatea, c'est l'île sacrée, le berceau de la culture polynésienne. Est-ce que ça change quelque chose de construire des pirogues ici, plutôt qu'ailleurs ?

Alex : Bien sûr ! Et cela ne s'explique pas, cela se vit ! Raiatea est une île chargée de Mana, c'est le berceau de la civilisation polynésienne. C'est d'ici que sont partis les navigateurs pour découvrir et peupler le Pacifique, et c'est aussi ici qu'ils revenaient pour les grandes occasions. Ce n'est pas pour rien que sur chaque VenomWood que nous produisons, il est écrit: Feel the Mana of Raiatea. Quand tu t'assois dans cette pirogue, tu ressens vraiment cela !

Le falcata est une espèce invasive transformée en matériau noble. Raconte-nous ce parcours, qu'est-ce que tu cherchais exactement, et qu'est-ce que tu as découvert en chemin ?

Alex : Quand nous avons développé la VenomWood, j'ai tout de suite voulu le faire avec ce bois-là. J'avais déjà construit quelques v6 et aussi des pirogues à voile en falcata. Je connaissais ses propriétés de légèreté, très proches du balsa, idéales pour ce type de construction utilisé comme âme, recouvert avec une peau de fibre de verre et de carbone de chaque côté.

Le falcata a toutes les propriétés idéales, en plus d’être une espèce envahissante. Donc on fait clairement une pierre deux coups. Ce qu'on recherchait spécifiquement, c'est de remplacer une âme standard en noyau PVC par un composite naturel ayant des propriétés mécaniques incroyables grâce à ses fibres unidirectionnelles. C'est exactement comme les skis ou les snowboards, ils ont tous un noyau bois, et ce n'est pas pour rien ! Et en plus, c'est vraiment beau.

Qu'est-ce que le bois apporte dans la sensation de rame que le composite ne donne pas ?

Alex : Notre slogan, c'est Wood is Alive. Quand tu rames sur une VenomWood, tu rames sur quelque chose de vivant. La sensation est différente, le bruit n'est pas le même, le coup est plus fluide et moins en force. La pirogue te retransmet l'énergie dans le plat ou le surf, et absorbe les chocs dans le vent de face. Quand Steeve Teihotaata a testé cette pirogue la première fois, il a vraiment été bluffé par les sensations ressenties.

En 2024, le V1 VenomWood a été sélectionné parmi 122 produits pour représenter la Polynésie à la Grande Exposition du Fabriqué en France, dans la cour de l'Élysée. Qu'est-ce que cette sélection a représenté pour toi ?

Alex : Oui, c'était une belle reconnaissance d'être sélectionné pour cette grande exposition ! D'ailleurs, sur place, nous avons ensuite été choisis parmi les cinq coups de cœur du président de la République.

Viper fournit l'âme du bateau, WOO construit le pont et assemble ici. Qu'est-ce que tu dirais à quelqu'un qui te demande pourquoi ça avait du sens de faire ça ensemble ?

Alex : Notre vision depuis le début de notre entreprise, c'est de produire du très haut de gamme, sur mesure et localement. Exporter des rames à l'international est relativement simple, mais les V1, c'est autre chose si tu veux rester compétitif. L'idée était donc de réduire le volume au maximum en empilant les coques entre elles et en mettant tous les composants nécessaires à l'intérieur des coques : ama, iatos, sièges, cale-pied, etc.

L'ensemble peut ensuite facilement voyager, par avion avec Air Tahiti Nui, et les coûts logistiques sont considérablement réduits. WOO construit le capot en carbone et termine le V1 sur mesure pour le client. On reste dans une économie circulaire, proche du client. Chaque V1 est unique et le SAV est assuré. WOO a également la même vision et les mêmes valeurs que Viper, cela avait du sens de faire cela ensemble.

Le va'a ne cesse de se développer hors de Polynésie. Comment vois-tu l'avenir de la discipline, en Europe et dans le monde ?

Alex : Effectivement, le va'a ne cesse de se développer en Europe et dans le monde. Je pense que ce sport a tous les atouts nécessaires pour grandir encore et attirer de plus en plus de sportifs qui aiment la glisse, la mer, et qui ont soif d'évasion. 5000 ans d'histoire. Et pourtant, on a l'impression d'être au début de quelque chose.

Ce qu'on en retient, côté WOO

On croit à une chose depuis le début : s'unir pour rester libres. Pas de grande stratégie derrière ce partenariat. Juste la conviction que deux marques qui partagent les mêmes valeurs, la même façon de construire, le même rapport à l'océan, font mieux ensemble que chacune de son côté. Et que c'est comme ça qu'on garde la passion intacte. Le sens aussi.

Et il y a cette histoire de Mana, qu'on ne peut pas vraiment expliquer mais qu'on comprend instinctivement en lisant Alex. Une pirogue qui porte en elle le souvenir de l'île d'où sont partis les premiers navigateurs du Pacifique, et qui va désormais glisser sur la méditerranée, en bordure d'estuaire ou en pleine houle basque.

La culture du va'a voyage. Elle l'a toujours fait. Notre rôle dans cette histoire, c'est de faire en sorte qu'elle arrive ici intacte. Fidèle à ce qu'Alex a construit. Accessible à ceux qui veulent ramer autrement. Les premières VenomWood arriveront en septembre. On a hâte de voir ce que les rameurs européens vont en dire à leur tour.

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La pirogue comme vecteur de paix: ce que le sport fait là où les mots ne suffisent plus.