140 km, 4 jours, 700 enfants : comment à mayotte, la pirogue a rassemblé toute une île.
Il y a des projets qui naissent d'un pari lancé entre deux virages de formation. À Mayotte, tout a commencé avec un tour de l'îlot de Mtsamboro, 22 kilomètres bouclés en surfski en pleine formation de moniteur kayak. De ce défi improvisé est née une idée plus grande : et si on faisait le tour de l'île entière ?
Quatre mois plus tard, quatre moniteurs de M'tsangamouji et du Sud de l'île prenaient le départ d'un raid de 140 kilomètres, en 4 jours, entièrement à la force des bras. Le Tour de Mayotte en pirogue était né. Mais très vite, l'objectif sportif est passé au second plan. Le vrai projet, c'était les étapes. Quatre villages, quatre haltes, et près de 700 enfants qui allaient découvrir les sports de pagaie, souvent pour la première fois de leur vie.
Cinq pirogues Feline ont accompagné cette aventure, choisies par la commune pour porter à la fois le défi des moniteurs et l'initiation des enfants sur le lagon. On a demandé à Matthieu Lhoste, directeur Jeunesse Sports & Culture de la ville de M'tsangamouji et l'un des artisans de ce projet, de nous raconter comment tout ça s'est construit, ce que ça a changé pour les enfants, et pourquoi la pirogue reste, à Mayotte, bien plus qu'un simple bateau.
Crédit photo @Zenzena Studio
Comment est né le Tour de Mayotte en pirogue ? D'où est venue l'idée au départ ?
C'est parti d'un pari fou pendant la formation de moniteur kayak. Nous avons réussi à faire le tour de l'îlot de Mtsamboro (22km) en plein mois de ramadan en surfski en 3 heures et nous sommes senti poussé des ailes ! Nous souhaitions monter un projet sportif innovant à Mayotte.
Pourquoi ce format, un raid de 140 km en 4 jours, plutôt qu'un autre type d'événement ?
L'objectif sportif était de boucler le tour de Mayotte pour montrer l'exemple sportivement et mettre au défi d'autres personnes. Seulement, l'aspect sportif est secondaire pour développer une nouvelle discipline et à l'image du tour cyclisme ou du passage de relai de la flamme olympique, l'idée est tout de suite sortie de faire des villages-animations et donc des étapes pour que les jeunes puissent découvrir les sports de pagaie et pratiquer. Des étapes pour pouvoir toucher plus de public et susciter des vocations.
Pourquoi la pirogue en particulier, et pas un autre support nautique, pour porter ce projet ?
La pirogue fait partie du patrimoine culturel et de l'identité de Mayotte : la pirogue en bois à balancier, encore utilisée aujourd'hui par des pêcheurs. C'est aussi l'une des plus anciennes embarcations de l'humanité. Elle symbolise le lien entre la terre et l'océan, dans une île où la peur de l'océan est très présente et encore peu de personnes savent nager. Elle symbolise également l'aventure. C'est important de faire le lien entre le sport, l'histoire et la culture.
Qui sont ces quatre moniteurs, et pourquoi eux pour porter ce projet ? Qu'est ce qui les a motivés à se lancer dans un défi pareil ?
Parmi les 4 moniteurs, 2 font partie de la direction de la Jeunesse Sports & Culture de la commune de M'tsangamouji et également à l'origine de la création récente du club Canoe Kayak Nord Mayotte. Les 2 autres font partie du club Canoe Kayak Mayotte Sud. Nous avons été formés ensemble début 2026 par la fédération française de canoë-kayak avec le soutien de la DRAJES Mayotte (9 moniteurs). La base c'est d'avoir un groupe soudé pour acquérir de l'expérience sur cette première édition et aller au bout.
Crédit photo @Zenzena Studio
M'tsangamouji, est une commune active et sportive qui a l'habitude depuis 2 ans d'organiser et piloter des actions sportives d'envergure (Nuit du Handball de Mayotte, semaine Olympique et Paralympique, venue d'Allison Pineau, etc.). La commune a investi sur des pirogues OC1 Félines et aménagé une base de loisirs légère inauguré en 2026. L'idée du Tour de Mayotte en pirogue provenant de ses agents, c'est tout naturellement que le projet a été déployé par les équipes communales (12 agents mobilisés pour les animations sportives sur les villages-étapes). Au-delà de l'aspect sportif, c'était une occasion d'offrir des animations pour les jeunes de Mayotte, et également travailler ensemble sur un projet complexe multi partenarial.
Pour les 4 participants qui ont bouclé le tour, la principale motivation était de dépasser leurs limites et de faire découvrir les sports de pagaie.
Qu'est ce qu'ils ont pensé de la Feline sur ce type de parcours, entre la longue distance, les étapes et l'initiation des enfants?
La Féline est une pirogue très fun, qui permet de ressentir beaucoup de sensations dans les vagues, et très réactive. Bien que pas spécialement conçu pour les longues distances (30 à 40km), elle n'a pas à rougir face à ses concurrentes, elle reste rapide. Les enfants l'adorent et l'adoptent au bout de quelques minutes, la prise en main est extrêmement facile, même pour une 1ère fois sur l'eau, et cela change la donne avec des enfants qui ont peur de l'environnement marin. Avec la Féline, il est possible de faire rapidement des sorties sur le lagon en eau profonde avec des enfants.
Tiana, 10 ans : "J'appréhendais avant de monter sur la pirogue mais j'ai trouvé cela facile et j'aime le balancier pour la stabilité. J'aime pagayer et me diriger avec les pédales. J'adore surfer dans les vagues".
700 enfants initiés, c'est autant d'enfants qui ont goûté à ce plaisir de glisser sur l'eau, parfois pour la première fois. Qu'est ce que ça représente pour vous en termes de transmission, à un âge où ce genre d'expérience peut construire quelque chose de durable ?
La 1ère fois, les premières sensations, le 1er ressenti, c'est souvent le souvenir que l'on garde en mémoire longtemps, surtout en étant enfant. En termes de transmission, nous avions à cœur de partager les sensations que l'on ressent sur une pirogue et de les laisser expérimenter tout en maintenant un cadre sécuritaire. Dans le mille ! Les photos de l'évènement parlent d'elles-mêmes : des étoiles dans les yeux et des sourires sur les visages des enfants.
Comment s'est vécue la rencontre entre la pirogue traditionnelle en bois et la pirogue moderne, notamment avec les anciens du village ?
Les anciens nous ont beaucoup soutenu et encouragé dans la démarche, car nous sommes animés par la même passion. Contrairement au grand public qui instaure une différence entre la pirogue traditionnelle en bois et la pirogue moderne en fibre, les anciens ne s'attardent pas sur la matière mais sont attaché à ce que représente la pirogue et au partage et à la transmission intergénérationnelle. La pirogue est en ce sens un outil parfait pour réconcilier les générations et partager des souvenirs communs.
Cette première édition a rempli ses objectifs. Qu'est ce que vous voulez faire évoluer ou développer pour les prochaines éditions ?
Pour la prochaine édition, nous souhaitons impliquer d'autres communes volontaires pour faire plus d'étapes avec des animations, intégrer d'autres participants notamment les jeunes pour les accompagner dans cette aventure exceptionnelle, ainsi que fédérer plus de partenaires (marques, artisans, commerçants) afin de valoriser tout un écosystème.
Ce qui frappe dans le témoignage de Matthieu, c'est que le sport n'est jamais la finalité. Le tour de l'île, les 140 kilomètres, l'exploit physique des quatre moniteurs, tout ça n'est qu'un moyen. La vraie réussite, elle se lit dans le sourire de Tiana quand elle raconte avoir surfé dans les vagues pour la première fois, ou dans le regard des anciens qui ont vu, sans distinction entre bois et fibre, une même passion se transmettre à une nouvelle génération.
C'est exactement pour ça que la pirogue a du sens à Mayotte, une île où l'océan fait peur autant qu'il fascine. Elle est le lien entre la terre et le large, entre le patrimoine et l'aventure, entre ceux qui ont grandi avec elle et ceux qui la découvrent aujourd'hui.
Chez WOO, on construit des pirogues. Mais ce que Matthieu et son équipe ont fait avec, ça nous dépasse largement. Ces pirogues sont les nôtres. Ce projet est le leur, celui de toute une île qui apprend, année après année, à se réconcilier avec son océan.
La prochaine édition s'annonce déjà plus grande, avec plus de communes, plus de jeunes embarqués dans l'aventure, et plus de partenaires pour faire vivre tout un écosystème autour de la pirogue. On suivra ça de près.

