COMPÉTITEUR AU PAYS DE LA PIROGUE : THOMAS BUTON RACONTE SON EXPÉRIENCE DE L'HAWAIKI NUI VA'A 2017

Les coulisses de l'Hawaiki Nui Va'a 2017 racontées par Thomas Buton du club Toulon Va'a

Compétiteur au pays de la pirogue : Thomas Buton raconte son expérience à l'Hawaiki Nui Va'a 2017


Thomas Buton est membre du club Toulon Va’a et il est un ami de longue date de WOO. Il a commencé la pirogue à l’automne 2010 dans le Club de la Méduse à La Seyne-sur-Mer dans le Var. Il a longtemps pratiqué le football américain avant de se mettre à la pirogue. C'est devenue pour lui le moyen de conjuguer sa passion pour la mer et l’esprit d’équipe qui avait toujours été un moteur pour lui dans le sport. C’est avec la pirogue que Thomas a découvert les joies de la glisse, et aujourd’hui il nous raconte son expérience ainsi que celle de son équipe de Toulon Va’a, qui a récemment participé à la mythique compétition l’Hawaiki Nui Va’a à Tahiti.

Thomas Buton de Toulon Va


Bonjour Thomas. Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton parcours en tant que Rameur en pirogue ?


Mes débuts dans cette discipline étaient assez laborieux, et j’ai vite compris que pour progresser il fallait passer un maximum de temps sur l’eau. Malheureusement, à cette époque, l’entraînement et les créneaux en équipage n’étaient pas aussi développés qu’aujourd’hui dans les clubs. Il a fallu donc passer à l’individuel et investir, et cela a été une véritable révélation avec la découverte de la glisse et une bonne progression.


Malgré quelques bons résultats, on peut dire que les premières années se sont déroulées avec une pratique totalement « loisir ». A cette époque-là, l’équipe dominante en France et certainement la seule à vraiment s’entrainer était l’équipe de Toulon Ruahatu.

 

Pour moi, le déclic est venu en 2014 quand j’ai rejoint le club Va’a Hui, qui – au même titre que Toulon – était l’une des premières équipes dans l’hexagone à non seulement s’entraîner correctement, mais à communiquer très bien là-dessus. Ces deux clubs ont vraiment montré la voie, selon moi. Cela a permis à d’autres clubs de voir que c’était possible et c’est à partir de ce moment-là que la pirogue a reçu un nouvel élan et que le niveau a nettement progressé.


A mes débuts, une course en individuel se gagnait à 10km/h de moyenne. Aujourd’hui quasiment tout le monde atteint ces vitesses, et pour espérer gagner il faut ramer beaucoup plus vite. L’évolution du matériel n’y est pas non plus pour rien, ainsi que l’organisation de la Vendée Va’a qui a poussé les équipes à mieux se préparer pour décrocher des billets pour le mythique Hawaiki Nui Va’a


En 2015 nous avons suivi le mouvement avec La Méduse et grâce à une grosse préparation nous avons réussi à bien performer et à décrocher nos sésames pour un premier Hawaiki Nui


Suite à cette aventure j’ai changé de club pour Toulon Va’a et nous sommes reparti pour un cycle de 2 ans qui nous aura conduit après une bonne progression à re-participer une nouvelle fois à l’Hawaiki nui 2017.


D’un point de vue individuel je n’ai jamais été un gros performer mais j’ai fait quelques belles places d’honneur, et ma pratique avec le temps s’oriente de plus en plus vers la glisse et la recherche de surf. L’évolution du matériel, grâce notamment à des acteurs comme WOO, pousse vers la glisse et les sensations sont de plus en plus présentes. En plus, dans le Var, nous avons la chance d’avoir du beau temps et du vent très régulièrement. Les conditions sont souvent optimales.

Pirogues d


Quelles ont été vos impressions de l’Hawaiki Nui Va’a ? C’est la première fois que Toulon Va’a y participe ?

 

Sous le nom de Toulon Va’a c’est effectivement la première fois que le club participe à cette compétition. Il me semble qu’à l’époque de Ruahatu, le club y a participé une fois au début des années 2000, mais il n’y a eu aucune participation depuis. Ce qui était particulièrement fort cette année, c’est que le club a inscrit 3 équipes pour les courses : une équipe féminine, une équipe de vétérans et une équipe senior. 


Cela est notamment dû au travail de nos vétérans qui préparent leur projet depuis 2 ans, et au travail fourni par l’organisation des courses en France qui a mis en place un partenariat avec la compagnie aérienne Air Tahiti Nui  qui chaque année permet d’envoyer des équipages français à la découverte de cette compétition, véritable Superbowl de la pirogue.


Pour ce qui est de mes impressions, il s’agit de ma deuxième participation à l’Hawaiki Nui, et je peux dire que c’est toujours aussi magique !

 

Il faut bien réaliser que dès votre arrivée, vous êtes sur la plus grande course de pirogue au monde. Au départ, il y a une centaine de pirogues, mais l’engouement va bien au-delà, car même pour les Tahitiens il s’agit d’une course qui coûte cher et il y a au moins autant de clubs qui ne peuvent pas participer à la course. Au niveau local c’est d’une importance indéniable. Toutes les chaines de télévision en parlent, il y a des reportages dans tous les journaux locaux, et toute la population vit au rythme de la course pendant 10 jours.


Assister et participer à l’Hawaiki Nui Va’a va donc au-delà du défi sportif, c’est une véritable aventure humaine. Au final, bien que chaque équipe métropolitaine fasse de son mieux, nous ne sommes pas au niveau des compétiteurs tahitiens qui vivent et respirent la pirogue depuis l’enfance. 


En termes de conditions, cette année a également été très particulière. Il n’y avait ni houle, ni vent. Par conséquent, les épreuves étaient très physiques, et notamment la 2e étape où beaucoup de rameurs se sont cramés à cause de la chaleur et de l’engagement.

L


Avec l’équipe vous avez terminé 60e au classement général. Étiez-vous contents de ce classement ? Souhaiteriez-vous participer à la compétition à nouveau l’année prochaine ?

 

Une expérience comme celle-ci vous rend humble. Nous sommes champions de France en 2017. Cela vous aide à comprendre que là-bas, le niveau est complètement différent ! Même Le Club de la Méduse, qui domine en France depuis des années, n’a fait que 50e au final. 


Dans une aventure comme ça, le classement n’a pas vraiment d’importance, même si en tant que compétiteur on prend toujours le départ pour faire le meilleur classement possible. Pour nous, l’important était ailleurs. Cette course était et doit être à mon sens la récompense d’une saison et même, pour certains de nos rameurs, la récompense d’une vie. Pouvoir s’aligner au départ de l’Hawaiki Nui à plus de 50 ans reste une expérience hors norme et inoubliable.


L’avantage de ce type de course c’est que l’on réalise que l’on a toujours des choses à améliorer, dont notre classement, mais pour cette année nous sommes à notre place avec notre effectif et nos qualités. Nous avions quand même 5 vétérans sur les 9 rameurs. Alors oui, nous sommes plutôt satisfaits de la formidable aventure humaine que nous avons vécue et de notre résultat.


Notre équipe de vétérans a vraiment été exemplaire. Peu importe leur classement, ça devait être l’équipe la plus souriante et joyeuse sur la ligne d’arrivée de chaque étape. Ils méritent tellement nos félicitations et notre respect.  


Participer à une course d’une grande envergure est toujours un vrai plaisir, alors pourquoi pas revivre cette aventure l’année prochaine ? Le seul inconvénient est que cela représente un gros investissement financier et chronophage pour les rameurs qui y participent. Ça rend le partenariat entre Air Tahiti Nui et l’organisation en France primordial car ça ouvre des portes et ça permet à des équipes métropolitaines à songer à cette expérience.

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Lors de votre passage à Tahiti, vous et votre équipe avez été prises en charge par l’équipe locale Hono’ura Va’a. Pouvez-vous nous parler un peu de votre expérience avec elle ?

 

L’accueil tahitien n’est pas une légende ! Hono’ura, son staff et ses rameurs auront été pour nous l’une des principales raisons pour laquelle nous avons vécu une si belle expérience.


Le club nous a mis à disposition 2 V6 hyper performantes (pour nous et l’équipe des vétérans) mais en plus de cela la présidente, Maeva Lambert, s’est occupée de la plupart de nos démarches d’inscription et administratives sur place. Nous avons également eu la chance d’être accompagnés par Auguste, rameur légendaire qui nous a énormément aidé, de la préparation de la pirogue à la gestion de nos ravitaillements pendant les étapes, jusqu’à nous envoyer des go pendant toute la course depuis son bateau.


La semaine qui a précédé la course leurs rameurs se sont aussi joint à nous pour compléter nos pirogues et ils nous ont aidé à nous entrainer dans de bonnes conditions. On ne les remerciera jamais assez je pense. Par ailleurs, durant tout le séjour, nous avons été accueillis comme des rois dans la famille de notre entraîneur qui s’est plié en quatre pour tout nous faciliter. A titre d’exemple, la mère de celui-ci, qui est une rameuse elle-même, aura préféré renoncer à la course pour s’occuper de nous entre les étapes. Eux aussi sont à remercier et ils font prendre conscience de la dimension autant humaine que sportive de cette course.

Le ferry qui transportait les pirogues des compétiteurs à l


Que représente l’Hawaiki Nui Va’a pour les amateurs de pirogue ?

 

C’est vraiment le graal ! Il y énormément de courses qui font envie, mais il n’y a pas mieux que celle-ci. En participant à l’Hawaiki Nui, nous sommes là où il faut être pour les courses de V6.


Tout cela est assez dur à décrire mais je souhaite à tous les rameurs de pouvoir vivre ça un jour. Être au départ avec 100 V6 sur la ligne, être suivi par plus de 500 bateaux pendant la 2e étape, entendre les gens crier quand on passe près du bord, rentrer dans le chenal d’arrivée à Bora-Bora cela n’a ni prix ni équivalent dans le monde. 


Que vous soyez premier ou dernier au classement, l’engouement de tout le monde sera le même.

Les équipes de Hono


En trois mots, comment qualifieriez-vous l’Hawaiki Nui Va’a ?

 

Intensité, émotion, humilité.

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Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaites visiter la Polynésie pour un voyage en pirogue ?

 

Je conseillerais de toujours garder une certaine humilité. Lorsque vous êtes là-bas, au pays de la pirogue, vous devez oublier un peu votre statut en France. Ici, vos résultats ne valent pas grand-chose.


Venez pour apprendre avec l’esprit ouvert. Il n’y a pas de gens plus accueillants que les Tahitiens. Rapprochez-vous des clubs et des rameurs sur place et vous pourrez pratiquer et apprendre sans problème. Vous aurez certainement droit à une petite place sur une pirogue.


Surtout, n’oubliez pas pourquoi vous êtes là. Ne vous prenez pas la tête, profitez et apprenez. En France, nous pratiquons la pirogue mais nous ne faisons pas le même sport qu’à Tahiti. Eux, ils rament depuis l’enfance et la conception des choses n’est pas la même. Il y a une dimension dans le va’a pratiqué à Tahiti qui va au-delà du sport en lui-même. C’est culturel. C’est sociétal. C’est magique.

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Posté par LEO CHAPMAN

LEO CHAPMAN


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