VICE PRÉSIDENTE DE LA FFCK, CAROLINE JEHL NOUS PARLE DE LA PIROGUE EN FRANCE

Pirogue FFCK

La pirogue au sein de la FFCK, la vice-présidente référente ocean-racing va'a répond à nos questions. Interview de Caroline Jehl.


  

  Bonjour Caroline Jehl, pratiquante expérimentée de pirogue, vous êtes aujourd’hui vice-présidente de la Fédération Française de Canoë Kayak  (FFCK) référente ocean-racing et va’a. Merci de répondre à nos questions.










Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l’apparition de la pirogue au sein de la FFCK ? 

  Les premières pirogues sont arrivées dans les clubs tahitiens de Toulon par des bateaux militaires. Le sport a commencé à se développer avec des démonstrations sur des sélectifs Ocean-racing de la FFCK. A cette époque je représentais l’inter-région sud. Eddy Chaves, à l’époque président du Ruahatu Va’a (aujourd’hui Toulon va’a) et moi-même avions demandé à la FFCK que la pirogue vienne s’ajouter au kayak sur les courses en mer. La réponse avait été positive rapidement et dans la fin des années 90, les courses officielles de pirogues débutaient en monoplace et en V6. 



La pratique a débuté en France par le Va’a. Et l’OC ?

  Tout d’abord, les va’a ont été amenés par les tahitiens. Ensuite, plutôt sur les côtes ouest et nord, on a vu se développer l’Outrigger Canoe (OC) originaire de Hawaï et US.

Après le fort développement initial du va’a, la difficulté de sa pratique en monoplace par vent fort a constitué un frein pour les petits gabarits, jeunes, féminines. Pour les rameurs expérimentés, la difficulté contribue à la noblesse du sport mais en termes de développement, ce n’était pas assez adapté pour élargir à un nouveau public. La manœuvrabilité de l’OC, et la sécurité offerte par une coque sit-on-top ont permis de lever ces freins.

 
  Parallèlement à l’apparition du va’a, une évolution des types de kayaks a été opérée dans les années 2000 : remplacement des kayaks pontés par des surfskis. D’un point de vue de la sécurité, c’était une réelle avancée : Le surfski étant un sit-on-top autovideur, on n’avait plus à vider le cockpit en cas de submersion et le réembarquement était plus facile. La pratique dans les vagues est devenue beaucoup moins dangereuse. On a retrouvé les même caractéristique avec l'apparition de l'OC. Depuis, les deux supports surfski et OC fonctionnent très bien et on a développé les courses au portant. Les va’a étant pontés, la pratique dans les vagues est réservée aux rameurs expérimentés avec une jupe vraiment étanche. Par contre, la pratique du sprint sur plan d’eau calme convient aux va’a.


  Au départ les tracés des courses étaient des boucles, des triangles. Puis, petit à petit on a essayé de favoriser les courses au portant pour jouer avec les forces naturelles sans devoir lutter contre. Ça a nécessité une adaptation des pratiquants : les compétiteurs doivent se tenir prêt pendant une période donnée car on donne les sites de départ et d’arrivée au dernier moment pour optimiser avec les conditions météo et courants. 

 

Lorsque vous parlez de ces compétitions, vous parlez seulement de la pirogue, ou aussi du surfski ? Est-ce que ces disciplines vont de pair au sein de la FFCK ? 

   En ocean racing (longue distance en mer), ces embarcations vont de pair, suivies de plus en plus par le Stand Up Paddle sur des parcours identiques au portant. Les organisateurs peuvent aussi proposer des courses spécifiques pour un type de bateau, ou réservées aux bateaux d’équipage.




Aujourd’hui, vers où se dirige la pirogue et quelle dynamique a-t-on envie de lui donner au sein de la fédération ?

"La fédération voit dans les disciplines de l'ocean racing (surfski et pirogue) un fort potentiel et souhaite les accompagner dans leur développement."


  Aujourd’hui, sur la pratique de l’Ocean-racing en mer, environ 65 % des pratiquants sont des piroguiers. Depuis quelques années, un circuit spécifique au V6 s’est mis en place, c’est la coupe de France de v6 longue distance. C’est une compétition qui est en train de s’étoffer et de plus en plus d’organisateurs se proposent. On y retrouve des courses à très haut niveau mais aussi des courses plus accessibles. 
Cette année on est vraiment à une charnière, avec la discussion d’un projet de développement jusqu’en 2024, des objectifs, des actions et indicateurs pour emmener plus haut les disciplines, qui attirent des pratiquants de tous les territoires même éloignés des littoraux. Quels types de circuit, quels types d’animation on peut mettre en place ou consolider ? Par exemple, on s’est rendu compte cette année qu’on a trois organisateurs en métropole qui organisent des courses type Te Aito (courses qui suivent le modèle tahitien, longue distance en monoplace). Elles sont par essence ouvertes aux pirogues et parfois aussi aux kayaks, selon les organisateurs.


  D’un point de vue de l’organisation, il y a une réflexion pour qu’éventuellement la commission nationale ocean-racing va’a s’étoffe ou ait des sous-commissions ou bien même se scinde. L’objectif étant de mieux gérer les différentes disciplines que ce soit la longue distance en V6, en pirogue monoplace et biplace, l’ocean-racing et le sprint en pirogue.

La fédération voit dans les disciplines de l'ocean racing (surfski et pirogue) un fort potentiel et souhaite les accompagner dans leur développement.


  Par ailleurs toute une série d’événements internationaux se profilent chez nous en ocean racing : Coupe du Monde en 2018 à Quiberon, puis en 2019, nous organiserons avec la fédération internationale de canoë (ICF) le championnat du monde ocean-racing, qui n’est pas ouvert aux va’a mais probablement à l’OC.  La candidature est déposée pour l’organisation des championnats d’Europe d’ocean-racing en 2020.  L’OC n’est pour l’instant pas rattachée à une fédération internationale, contrairement au va’a (FIV). Mais la France agit à l’international pour la rattacher à la FIC.


Où les gens peuvent pratiquer et quelles personnes peuvent pratiquer la pirogue ? 

 

  Savoir nager et ne pas avoir de contre-indication sportive d’abord. La pratique se fait majoritairement sur le littoral mais aussi sur de nombreux lacs ou plans d’eau calmes. Aussi, on retrouve de plus en plus les pirogues sur des descentes de rivière assez longue, marathon, soit en V6 ou en OC (où il ne faut pas oublier la problématique du gouvernail relevable pour éviter la casse sur les cailloux).



Qui dit pratiquants dit encadrement, quels diplômes existe-t-il, y a-t-il des diplômes spécifiques pour l’encadrement de la pirogue ? 

"On souhaite le faire évoluer et intégrer un cursus avec un monitorat ou même un diplôme d’entraineur spécifique pirogue"


  Aujourd’hui il n’y a pas de diplômes spécifiques pour la pirogue. Les diplômes d’encadrement du public extérieur contre rémunération sont des diplômes d’état qui sont très généralistes par rapport à la pratique sur l’eau. Globalement on différencie la spécialisation eau vive/eau plate et eau plate/mer. Les diplômes fédéraux (MFPC et AMFPC) sont aussi structurés de cette manière et le monitorat eau calme/mer ne comprend pas de compétences spécifiques en pirogue. On souhaite le faire évoluer et intégrer un cursus avec un monitorat ou même un diplôme d’entraineur spécifique pirogue et alléger tout ce qui est qualifications au niveau du kayak si on n’est pas kayakiste.


Aujourd’hui le para-canoë se développe beaucoup, la discipline de la pirogue sera au prochain jeu paralympique. C’est quelque chose qui se passe plus du côté commission ocean-racing/Va’a ou qui va rester du côté de la commission course en ligne ? 

 

  Aujourd’hui, c’est géré par la commission course en ligne. Par contre il y a une forte demande que la commission ocean-racing/va’a puisse organiser des courses de sprint et même des courses en mer afin que les compétiteurs en para-canoë puissent avoir plus d’expérience et puissent ramer sur plusieurs courses dans l’année. Ça peut être une occasion de s’entrainer à aller en mer peut être en biplace ou autre. Il y a déjà quelques organisateurs qui sont partant pour organiser des regroupements avec des OC2 avec un valide et un athlète en para-canoë. 

Les volontés de la FFCK :

" Il y a aussi un objectif pour les prochaines années de faire reconnaitre l’ocean-racing comme une discipline de haut niveau par le ministère des sports. "


  Aujourd’hui, on est sur une transition, nous sommes restés 5 ans sans faire de Va’a sprint. Actuellement il y a vraiment une volonté que la commission accompagne davantage le développement et anticipe. Il y a aussi un objectif pour les prochaines années de faire reconnaitre l’ocean-racing comme une discipline de haut niveau par le ministère des sports. Plusieurs critères sont exigés par rapport au nombre de pratiquants en France, et à l’étranger, au nombre de pays pratiquants sur les championnats du monde. Ça permettrait de faciliter l’accès à des subventions et aides comme le statut « sportif de haut niveau » pour certains athlètes.



Posté par Luc Cividino

Luc Cividino
Spécialiste du kayak de course en ligne, entraineur et moniteur de kayak eau calme eau vive, je m'intéresse aujourd'hui au monde de la pirogue et à sa pratique. Specialist of flatwater kayaking, training coach and kayak instructor, I am interested today in outrigger canoe and his practice.

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